ÉDITO – L’amitié

Lorsqu’on détecta chez mon ami un cavernome au cerveau, le médecin lui dit : « Préparez-vous à ne plus avoir de vie sociale ». Le paradoxe de la maladie, en général, c’est qu’une partie de l’entourage s’éloigne. Le pourquoi profond, je ne le connais pas. Peut-être le fait de ne plus avoir les mêmes activités qu’avant avec cette personne, ou la peur, la gêne de ce qui peut être un miroir sur soi-même et d’un futur possible. Quand je vais manger avec lui, je ne pense pas à sa maladie car l’être est un tout et ne peut devenir otage d’un mal déjà si présent. Je pense juste à bien manger, partager et rire…

C’est aussi la noblesse que nous devons à la charité. Sûrement la vertu la plus tranchante pour l’âme et l’orgueil inouï qui s’y attache. Lorsqu’on pense charité et que l’on se demande comment l’appliquer, aussitôt elle n’existe plus tant elle doit « être » et non pas réfléchie, organisée. Comme une respiration, elle doit aller de soi mais, tel le silence, elle disparaît quand on prononce son nom. Chose troublante au niveau de la logique, c’est que plus une personne est hospitalisée longtemps, plus les visites diminuent. Une piste pour plus d’attention en appliquant cette maxime de Fully : « La définition de l’égoïsme, c’est quand les autres ne pensent pas à moi. »

A mon Ami, je veux lui dire que c’est un paradoxe d’écrire cet édito, mais parfois l’écrit est plus simple que la parole. Et je veux le remercier d’une chose : en sa présence, jamais ô grand jamais, il ne m’a fait remarquer et ressentir ma propre petitesse et cela, c’est la charité incarnée.

Alain Léger

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