L’orthographe

Quelle ne fut pas ma surprise lorsque ma fille m’a montré sa fiche de français intitulée : La soupe à l’ognon. Ça m’a piqué les yeux ! Au sens propre comme au figuré. J’ai même dû questionner Google, qui m’a informée que la réforme orthographique avait autorisé la graphie « ognon » en 1990. À cette période, c’est moi qui étais sur les bancs d’école et je n’avais jamais entendu parler de ça. Apparemment, les enseignants de mon époque ont également eu de la peine à se mettre à la page et ont continué à enseigner l’ancienne orthographe, qui reste d’ailleurs correcte. Mais pourquoi cette réforme ? Le but est de rendre l’écriture plus cohérente, plus logique, et surtout plus facile à apprendre pour les enfants et les étrangers.
En parlant de logique, nénuphar s’écrivait avec « ph » en référence au grec nympha, cependant c’était une erreur étymologique. La réforme orthographique recommande la graphie « nénufar », mais « nénuphar » reste largement utilisée et demeure correcte.
Au XVIIe siècle, certains grammairiens et institutions comme l’Académie française ont progressivement favorisé les formes masculines et écarté certains féminins de métiers, comme « autrice ». A cette époque, les femmes instruites ou intellectuelles étaient souvent mal perçues, comme en témoigne la pièce de Molière Les Femmes savantes. (1672)
Jusqu’au XVIIIe siècle, la langue française était plus flexible. Des mots comme capitainesse ou médecienne existaient. De nombreux noms de métiers et de fonctions existaient alors au féminin comme au masculin. Les accords se faisaient parfois selon la proximité. Exemple chez Racine dans Athalie (1691) : « ces trois jours et ces trois nuits entières » (accord de proximité).
L’écriture inclusive avec le point médian (ex. : les étudiant·e·s) ne fait pas partie de la réforme orthographique, car elle a été introduite progressivement depuis les années 2000. L’écriture inclusive vise notamment à assurer une meilleure égalité des représentations, par exemple en utilisant le féminin des noms de métiers et de fonctions (une mairesse, une ingénieure).
L’orthographe s’est progressivement normée et masculinisée, notamment à travers les grammairiens des XVIIe et XVIIIe siècles, comme Nicolas Beauzée, grammairien et membre de l’Académie française. Certains avancent que cette standardisation a également eu des implications sociales et politiques.
Ainsi, la langue française a évolué entre simplification, normalisation et débats, reflétant autant son histoire que les questionnements actuels sur l’écriture et l’égalité.
Alexandra Sieber
Si vous souhaitez approfondir le sujet, je vous recommande le livre de Marie Pedroni, enseignante valaisanne, « Désolé pour l’orthografe ».
